LA CONCERTATION SE DÉLITE AUTOUR DU PROJET DE RÉFORME DE LA FONCTION PUBLIQUE

Quatre syndicats décidés à faire enterrer le projet de loi de réforme de la fonction publique ont boycotté la réunion de préparation prévue avec le ministre Guerini ce mardi 21 mai. Ils demandent notamment un calendrier plus adapté, à la hauteur des enjeux.

L’objectif était avant tout de “marquer le coup”. C’est en substance ce qu’ont expliqué 4 des 8 syndicats de la fonction publique, qui ont décidé de boycotter la réunion de concertation organisée ce mardi 21 mai, avec le ministre, Stanislas Guerini, autour du futur projet de loi sur la réforme de la fonction publique : la CGT, Force ouvrière, la FSU et Solidaires, respectivement premier, deuxième, cinquième et sixième syndicats en termes de représentativité. À noter que la réunion prévue s’est tenue en présence des employeurs des trois versants de la fonction publique, ainsi que de la CFDT, l’Unsa, la CFE-CGC et la FA-FP, qui disent préférer agir de l’intérieur.

Si la CGT, Solidaires Fonction publique, Force ouvrière et la FSU, qui étaient donc absents de la réunion de ce matin critiquent le fond et restent vivement opposés à l’idée même d’un projet de loi, la méthode du ministre est, selon eux, et ce n’est pas la première fois qu’ils l’affirment, tout aussi critiquable. “Le calendrier est très serré, a ainsi martelé Céline Verzeletti pour la CGT. Surtout pour discuter autour d’un texte aussi fondamental pour la fonction publique.”

Pour Force ouvrière, qui n’a participé à aucune réunion depuis le 9 avril, date de la première concertation, “le ministre fait le choix stratégique de passer par la presse pour faire ses annonces, dénonce Christian Grolier, secrétaire général de la fédération générale des fonctionnaires. Nous avons tous des propositions et revendications à formuler pour la fonction publique, mais nous sommes face à un ministre qui ne veut pas négocier”. De la même manière, la FSU dénonce, une nouvelle fois, un timing qui “n’est pas à la hauteur des enjeux” autour d’un texte dont les “conséquences peuvent être considérables, estime Benoît Teste, son secrétaire général. Nous souhaitons désormais réorienter les choses pour pouvoir avoir des discussions saines.”“Le ministre doit changer à la fois sur le fond et sur la forme”, a également insisté Gaëlle Martinez pour Solidaires Fonction publique.

Sortir du flou

Dans le cadre du projet de loi pour la transformation de la fonction publique de 2019, les syndicats se souviennent avoir participé pendant plus d’un an à des groupes de travail deux à trois fois par semaine. “Il est impossible de mener une réforme de cette ampleur avec 5 réunions dont 2 bilatérales”, ajoute Gaëlle Martinez. Le ministre a en effet réaffirmé, dans un courrier adressé aux syndicats le 16 mai, après l’annonce d’un boycott par 4 d’entre eux, sa volonté de respecter l’agenda social établi, insistant néanmoins sur le fait que le 20 juin n’était pas “une date butoir”, et envisage de réunir les syndicats en multilatérale en juillet.

Ce même courrier, destiné à répondre aux inquiétudes des syndicats, notamment autour de l’éventuelle suppression des catégories de la fonction publique, n’a pas eu l’effet escompté. “Je crois que nous devons aussi interroger la place de certains dispositifs, dès lors qu’ils finiraient par constituer des freins (…), écrit notamment le ministre. C’est pour cela que je mets au débat la question des catégories en même temps que l’approche par filières professionnelles, je n’ignore pas nos divergences à ce stade, mais j’ai la conviction que c’est un débat nécessaire, dont nous devons discuter aussi utilement que possible, sans préjuger des décisions que nous prendrions finalement.” Or la remise en cause des catégories constituerait, selon les syndicats, “un véritable cataclysme” pour la fonction publique.

Les inquiétudes se situent également au niveau du développement envisagé de la rémunération au mérite, qu’elle soit individuelle ou collective. “Dans l’affichage, ce système impliquerait de mettre à la fois les agents et même les services en concurrence entre eux”, regrette ainsi Benoît Teste.

Par ailleurs, les employeurs publics territoriaux, représentés à la multilatérale de ce matin par leur coordination, “s’étonnent des annonces relayées dans la presse relatives à l’insuffisance professionnelle, au licenciement d’agents publics ou à la suppression des catégories et soulignent qu’elles ne correspondent pas à l’information qui leur avait été présentée. Ils regrettent ce décalage et que certains sujets, pourtant prioritaires, ne soient pas abordés”.

Les 4 syndicats ayant boycotté la réunion de ce mardi ont tous appelé le ministre à “sortir du flou” et à s’exprimer sur les mesures réellement envisagées pour le futur projet de loi.